06 février 2009

L’APPARTEMENT 24

*

Je ne déteste pas Noël : au contraire, j’aime tellement Noël que je ne veux le partager avec personne. Ca fait à peu près trois ans que je le fête tout seul et je n’ai donc aucun mauvais souvenir : dinde brûlée, cadeaux nuls ou dits utiles, vieille tante qui pleure après une coupe de champagne de trop, etc, etc. Je n’ai pas eu non plus à me débattre avec ce dilemme : dois–je aller en famille chanter alléluia dans une église glaciale ou puis -je me pelotonner dans mon canapé avec mon DVD préféré : « L’appartement » de Jack Lemmon ?
Le plus chouette quand on fête Noël tout seul, c’est qu’on peut se faire des cadeaux : ça évite tous ces coupables échanges de Janvier, même si bien sûr ça enlève un peu du charme de la surprise lors de la distribution. Par exemple, l’année dernière je me suis offert un livre que j’avais déjà et j’ai été super déçu. Donc ,cette année, je me suis acheté mes cadeaux pendant l’été, je les ai disséminés un peu partout chez moi et je me suis efforcé de les oublier… Sauf, bien sûr, le téléphone portable dernier cri avec Internet et GPS : celui –là, je n’arrive pas à me le sortir de la tête, surtout qu’il est là, en charge, près du sapin argenté (comme ça je pourrai m’en servir tout de suite après la distribution des cadeaux !)
J e rentre donc chez moi avec un sac plein de bonnes choses que j’ai achetées chez le traiteur italien : je suis content de moi, j’ai tout réglé dans les temps pour passer un parfait Noël, je regarde avec commisération tous ces gens qui courent affolés dans tous les sens. Ils ont tous une dernière chose à faire, à régler, à acheter, pour être à l’heure là où on les attend .
Moi, personne ne m’attend et c’est très bien comme ça. Dans quelques minutes, je serai bien au chaud dans mon appartement douillet, je vais décanter la première de mes deux bouteilles de Flaccianello della Pieve, arranger mes petits plats, enfiler des vieux vêtements confortables et me vautrer dans mon canapé moelleux .
Qu’ on ne s’imagine surtout pas que je suis un vieux croûton solitaire : je ne suis pas solitaire, je me suffis à moi –même, c’est tout différent !
J’arrive devant le petit immeuble où j’ai acheté il y a trois ans un des 53 appartements. 53 ça me plaisait comme nombre, un certain anonymat mais sans gigantisme, je n’ai effectivement vu personne sauf la famille témoin au rez - de - chaussée qui a acheté l’appartement témoin dont le fenêtre du séjour donne directement sur l’entrée principale : les autres, je les ai juste rencontrés lors des réunions de copropriétaires .
Je pose mes paquets pour prendre ma clé dans ma poche : pas de clé ! L’autre poche ? Rien non plus !
Je fouille nerveusement dans tous mes paquets, même celui qui contient ma mozzarella au cas où : rien non plus ,c’est clair je me suis enfermé !
Juste aujourd’hui, où mon nouveau portable est en train de charger dans l’appartement ! Je jette un œil vers le séjour témoin de la famille témoin : papa témoin porte un mignon débardeur en laine bleue, il allume les bougies électriques du beau sapin rouge et or. Logique ! Le gars qui achète un appartement témoin se doit de fêter un Noël témoin ! je parie qu’il a deux mignonnes têtes blondes avec des boucles à la Comtesse de Ségur et que sa femme est en train de faire cuire la dinde. Je suis plié de rire ! Bon, je me calme, je sonne. Papa témoin ouvre :
- « Désolé de vous déranger le soir de Noël, je suis François Berger, appartement 24 troisième étage »
- « je sais qui vous êtes Mr Berger, vous avez voté l’interdiction d’un rideau dans l’entrée, comme les autres d’ailleurs, à la dernière réunion des copropriétaires »
- « ah bon ? »
- « que voulez – vous Mr Berger ? »
Je regarde furtivement dans le salon et bingo ! je vois effectivement deux petites filles bouclées et habillées de velours .
- « eh bien c’est idiot , je me suis enfermé ,je n’ai pas mon portable et il faudrait que j’appelle un serrurier »
Papa témoin hésite un peu puis me laisse entrer :
- « qu’est- ce qu’il y a de bon ce soir » je demande à Maman témoin, debout devant le fourneau, « une dinde » ?
Maman témoin hoche la tête, affirmative. J’ai trop envie de rire .
- « Mr Berger doit passer un coup de fil. Il s’est enfermé » dit Papa témoin à Maman témoin.
- « Je ne serai pas long » dis- je en souriant, mais Papa témoin m’a déjà collé le téléphone dans la main. Je compose le numéro et soudain je vois les deux gamines embarquer mon sac de provisions dans la cuisine en braillant :
- « C’est la distribution des cadeaux ! »
- « eh, minute, non, non, c’est mon repas ça ! »
Et les gamines laissent tomber mon sac, affolées, mon rouleau de mozzarella fait ce que son nom lui indique : il roule par terre…
Maman témoin gronde et accourt avec un rouleau d’essuie –tout :
- « nous avions dit, explique Papa témoin, qu’il n’y aurait pas de cadeaux cette année à cause de l’achat de l’appartement »
Logiquement je devrais me taire, mais je n’y arrive pas :
- « Pas de cadeaux ? Pas étonnant que vos enfants disjonctent ! »
Aie, maintenant la famille témoin me fixe avec un air effaré .
- « Désolé, mais Noël sans cadeaux ça n’est pas Noël…»
Et puis là, ouf , ça sonne, et j’ai le dépanneur au bout du fil. Je vois Maman témoin disparaître dans la cuisine avec les gnomes. Papa témoin attend que j’aie terminé, me rend mon sac de provisions et me dit :
- « Joyeux Noël Mr Berger et… si ça n’est pas trop vous demander ,ne sonnez plus chez nous ! »
Je hoche la tête, silencieux, et je monte. Bon, une heure à tuer, je m’assieds sur la marche près de ma porte avec mon sac de nourriture. La lumière du couloir est crue. Je ne me souviens pas d’une heure entière passée à ne rien faire du tout ,je crois que ça ne m’est jamais arrivé. Quelle andouille ! Si seulement j’avais pris mon vieux portable au lieu de mettre la carte dans le neuf, je pourrais au moins surfer sur internet ! J’examine le contenu de mon sac en papier et je me demande si on peut se connecter à Internet avec du parmesan : probablement pas …
Je pourrais aller jusqu’au kiosque à journaux mais, évidemment, c’est le moment que choisirait le dépanneur pour arriver, donc non, exclu !
Quand la minuterie s’arrête trois minutes plus tard, je suis presque content d’avoir quelque chose à faire. J’appuie sur le bouton et je me rassieds en soupirant sur la marche glacée. Bon, encore vingt minuteries et c’est Noël. Dans un film américain c’est le moment où le mec verrait défiler toute sa vie de pauvre riche, tous les aéroports où il est passé, tous les bars où il s’est assis. J’en ai fait des bars quand Lisa m’a quitté. Elle ne supportait pas le rythme de ma carrière, pof elle est partie. C’est mieux comme ça. Et voilà, lumière éteinte, je rallume. Encore 51 minutes avant Noël. Nuit, jour, nuit ,jour, etc.
Du rez de chaussée montent des voix : « Douce nuit … » C’est la famille témoin ! Ridicule, c’est dingue qu’ils se plongent dans le cliché total : la dinde, les chants de Noël mais pas de cadeaux ! S’ils avaient acheté l’appartement voisin qui fait neuf mètres carrés de moins, ils auraient eu de l’argent pour les cadeaux !
Nuit, jour, nuit, jour …
Je compte les fissures dans mon sac en papier : 24
Je crie :
- « cet abruti de dépanneur ! »
Et là, une porte s’ouvre et une dame sursaute en me voyant :
- « C’est vous qui criez comme ça ? »
- « Euh oui, désolé, je suis enfermé et j’attends le dépanneur mais il n’arrive pas : je pourrais peut-être rappeler de chez vous ? »
- « Eh bien oui, mais bon je ne vous ai jamais vu »
- « Je suis votre voisin »
- « Vraiment ? Combien d’appartements a l’immeuble ? »
- « 53 »
- « Bon, et qui les a vendus ? »
- « Une société qui s’appelle City Real »
- « Bon ok, venez. Excusez –moi mais il y a tellement de gens bizarres ! »
- « non, non je comprends : vous avez raison »
En entrant dans la cuisine, je tombe sur un type efflanqué avec des grosses lunettes qui cuit des œufs à la coque, et prépare des flocons d’avoine .
- « Oh mais je pensais que vous étiez seule, bon c’est sûr, je comprends : c’est pas le genre de gars qui va vous protéger ! » je dis en rigolant. Ca tombe à plat .
- « Mr Berger doit passer un coup de fil » dit la dame
Je prends le sans fil qu’il me tend et je me rends compte de l’atmosphère pesante de cet appartement : ce type avec ses flocons d’avoine, il me fiche des frissons. Puis je vois sur la table de la cuisine une bouteille de vin, lis l’étiquette. Je sursaute : « vino de messa »
- « Eh ben ? Vous en faites quoi ? »
- « je ne cuisine qu’avec ça » dit Mr Flocon d’avoine.
Et puis, super, je suis en communication avec le dépanneur !
- « Allo c’est encore Mr Berger, vous vous fichez de moi ou quoi ? Ca peut durer encore un moment? Combien de temps? Jusqu’en 2009? Je me gèle à vous attendre et toutes les demi heures je dois sonner chez des dingues pour vous rappeler !» Oups !
Mr et Mme Flocon d’avoine me regardent comme si je venais de dégainer une tronçonneuse, je me calme et les informe que c’est bon, que je les remercie .
- « Joyeux Noêl » et la porte se referme .
Pfff ! Tu parles d’un drôle de couple : œufs à la coque et flocons d’avoine ! Je me demande quel genre de cadeaux il y a chez eux ce soir !
Je retourne en punition sur ma marche, la lumière s’éteint mais je ne rallume pas parce qu’il y a un petit rai de lumière qui arrive de l’ascenseur. Tiens ? Pourquoi pas ? J’appuie sur le 5, je monte, je n’y suis jamais allé en trois ans, je suis super déçu, je redescends au 4. Pareil, j’en ai marre, je m’assieds par terre dans l’ascenseur et tout à coup je me retrouve face aux deux gnomes de la famille Témoin en vestes roses et chapeaux assortis : elles me dévisagent comme si j’étais l’étrangleur en personne .
- « Pourquoi tu es assis là ? »
- « Parce que je m’ennuie »
- « Et pourquoi tu t’ennuies ? »
- « Parce que j’attends le serrurier depuis deux heures »
- « Tu n’as pas d’amis ? »
Zut, j’appuie sur le bouton 3 et je fais disparaître les gnomes.
Je sonne à l’appartement 34. il y a quelqu’un en tout cas, mais la porte s’ouvre sur un vieil homme furieux, aux cheveux gras et longs, les yeux fous :
- « quoi !!! »
Ce type n’est pas seulement furieux il est aussi complètement ivre !
Je recule un peu et je dis :
- « Désolé de vous déranger mais … »
- « Vraiment? Vous êtes désolé. J’en ai pas l’impression ! »
Comme c’est triste ce pauvre homme solitaire, en colère, qui se saoule un soir de Noël et chasse ses voisins.
- « Je dois téléphoner s’il vous plait »
Le vieux me dévisage, me laisse entrer sans cesser de crier :
- «Entrez mais faites vite, c’est Noël ok? C’est MA soirée, depuis vingt ans, et vous n’allez pas me gâcher ça compris? »
IL bafouille, c’est dingue, je me demande pourquoi il a tant bu alors qu’il habite un appartement plutôt coquet, confortable et de bon goût.

Je passe le seuil et je sursaute en voyant sur la table du salon deux bouteilles de Flaccianello dell Pieve et le sac en papier brun de mon magasin italien. Juste à côté il y a ma mozzarella, mon jambon de Parme : MON vin ! MA mozzarella !
Le vieux type s’écroule dans un gros canapé et regarde la télé : le souffle coupé, je reconnais le film « L’appartement ». MON film !
- « Bon ça y est? Dépêche-toi, le téléphone est sur la table, je veux la paix tu piges? J’en ai rien à faire des autres ! »
Je suis intimidé tout à coup, je compose le numéro et je demande poliment au gars si par hasard il saurait quand à peu près je peux espérer être dépanné : là ,on me dit que le gars est justement en route, peut –être même arrivé …Je réponds que c’est vraiment rapide, surtout un soir de Noël, vraiment merci beaucoup…
Quand je quitte l’appartement je vois que le vieux s’est endormi devant la télé ; je soulève les deux bouteilles, elles sont vides .
Le dépanneur est un petit gars musclé aux cheveux roux :
- « Alors z’êtes enfermé vous aussi ? J’ai eu que des célibataires ce soir, c’est sûr, si y a personne pour vous attendre, vous rentrez pas sans clé …»
Quand la porte s’ouvre enfin, je paie le gars et je lui donne un de mes livres, emballé de papier cadeau. Il est épaté. Comme je l’ai acheté hier, je me souviens très bien du titre : « OSER LE CAPITALISME ».
Merci et joyeux Noël !
Je retrouve mon appartement douillet et je ne fais pas un geste, comme un flic sur les lieux d’un crime. Sous le sapin argenté design, les cadeaux que j’ai achetés s’entassent : la télé et le lecteur de DVD sont sous tension, le portable est en charge.
- « Qui est le mort?» demanderait le flic ,et son assistant répondrait …eh bien il répondrait :
- « François Berger ».
Je respire à fond, je vide mon sac de courses dans la poubelle, je prends le premier cadeau sur la pile, le secoue et dis :
- « C’est un bouquin, léger, un Pocket je pense, ça pourrait être Paul Auster ... »
Je déchire un petit coin de papier et à la couleur de la couverture je vois que j’ai raison :
- « Gagné ! »
Puis je prends un autre paquet avec des étoiles, je le secoue : DVD !
Commandé il y a deux semaines. «Le troisième printemps» avec Jack Lemmon, je soulève un angle du papier : yes !
Le paquet suivant est le plus gros, à peu près grand comme deux boites de chaussures. Je le soupèse : mmmh cinq ou six kilos … Mais qu’est-ce que ça peut bien être? Je ferme les yeux et j’essaye de me rappeler . Rien à faire ! Je fais comme pour les autres, je déchire un petit bout de papier, mais oui bien sûr ! Je le voulais absolument en Août !

Au bout de dix minutes, je quitte mon appartement avec tous mes cadeaux sous le bras et mon sac de courses vide : Devant la porte de Mr et Mme Flocon d’avoine je dépose les deux bouteilles de Flaccianello. Puis je monte au troisième et je pose un nouveau film de Noël devant la porte du vieil homme. Chez la famille Témoin je laisse la console Nintendo. Je dévale les escaliers et me retrouve dehors. Je respire à fond l’air merveilleux de cette nuit de Noël et je sors mon nouveau portable de ma poche. Je connais le numéro par cœur :
- « Allo? »
- « C’est toi Lisa? »
- «François ! Pas possible, je te croyais mort … »
- « Be non tu vois, je suis en vie, et … aussi, je me demandais si tu faisais quelque chose ce soir, enfin, ne te dérange pas pour moi surtout mais, bon tu es peut-être mariée, tu as des enfants? »
- « Eh bien en fait non, je ne fais rien ce soir … »
- « bon alors si on se retrouvait au Sandwich Bar comme avant ? »
- « 0k ! Oui disons dans une demi- heure ! »
- « Yesssssssss ! »
Et bien voilà, encore dix minuteries et c’est Noël !

DominiqueJ.
Atelier d’Ecriture - Henvic






L’HOMME – SOURIS (Portrait)


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Albert était un petit homme gris, mais alors, tout gris, gris de partout ! Ses yeux qui, jadis, avaient pu faire chavirer le cœur des filles, étaient devenus ternes à présent, gris ternes et flous comme si la brume était passée dans son regard.
Ses cheveux, autrefois d’un noir de jais étaient devenus fort rares maintenant, s’étalant en de longues filasses grisâtres et fades sur le cuir tanné de son crâne. Comme pour s’en excuser, il essayait bien d’en plaisanter quelquefois en disant à qui faisait mine de l’entendre :
- Il y en a moins mais ils sont plus beaux !
Ca n’était pas convaincant, mais alors là, pas du tout ! Ses plaisanteries, son humour étaient comme lui, pas clairs pour « deux ronds », pas noirs non plus mais gris comme tout le reste !
Il était, de surcroît, vêtu à la « vas-comme-j’te-pousse » : pantalon délavé qui avait pu être bleu, ou noir, ou marron par le passé, tee-shirt douteux, tennis ayant « déjà-vécues » : un homme gris, je vous dis !

Mais si, curieux, vous preniez la peine de vous arrêter, de lui parler, de laisser s’établir avec lui la confiance, une certaine intimité, si les mots s’échangeaient, préludes à l’expression des sentiments… Alors au travers de paroles banales, se dessinait tout à coup une étrange transformation : il évoquait sa fille…
Sa fille, il ne l’avait plus jamais revu depuis des années : elle était partie dans l’est, en Allemagne. Elle avait oublié son père semblait-il, mais en lui elle était toujours présente, elle était l’enfant rieur qui se jetait à son cou, qui l’embrassait avec fougue et quémandait des petits câlins dans ses cheveux, dans son cou. Venait ensuite l’enserrement tendre et sécurisant de deux bras solides et protecteurs… Alors, la lumière jaillissait de ses lèvres avec ses paroles, coulait de sa bouche, allumait son regard, illuminait tout ce qui l’entourait et mettait partout la couleur, ultime magnificence !
Cet homme qui parlait si bien de sa fille vous éclairait de l’intérieur et rien que de l’entendre, vous saviez alors que, vous aussi, vous étiez bon et aimant, que le gris n’est qu’un « cache-misère », un écran, une protection, un camouflage !
Parce que - vous le savez n’est-ce pas ? – la beauté, la vraie beauté, c’est le plus souvent ce qui ne se voit pas…

SergeD.
Atelier d’Ecriture - Centre Culturel de Luzec, le 02 juillet 2008

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04 février 2009

LE GOELAND (Rencontre)

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« Tiens, salut mon pote ! Tu sais, c’est joli chez toi… Tu me crains ? T’as pas tord : les hommes sont tellement cons ! Ils ne savent plus voir les belles choses… »
Il ne dit rien, il me regarde de son œil noir. Il attend.
J’ai lancé sur le rocher quelques petits morceaux de jambon. La gente ailée se tient à distance : lui seul s’approche à moins de deux mètres. Il s’enhardit, picore les miettes de jambon de plus en plus près de moi. Un autre ( ou une autre !) reste derrière lui, prudent. Lui aussi attend ! D’autres encore, pas très loin : en fait ils m’encerclent ou plutôt, ils font cercle. Ils m’observent
Les goélands se ressemblent dîtes – vous ? Peut–être, pour nous humains qui ne faisons que passer dans leur univers. Mais déjà, c’est différent quand on reste près d’eux, sans trop remuer, en parlant doucement. Ils s’habituent, un peu, et leur comportement les identifie si on veut bien se donner la peine de voir.
Et lui, mon Copain – le – Hardi, a une petite tâche sur son plastron et, plus bas, une autre tâche, plus large, comme une salissure sur la blancheur immaculée.
Il s’envole, va faire un tour. L’autre, derrière, me regarde. Son œil immobile quête ma prodigalité. Je lui lance un petit morceau de pain avec du beurre. Avide, il s’en saisit mais, mon pote, celui à la tâche, le Hardi, il a tout vu. Il n’était pas bien loin et surveillait vraisemblablement la scène. Il se précipite et, avec violence, s’empare de la bouchée de pain : le bruit sourd des deux corps qui se heurtent... L’autre proteste, il chipote mais ne «chicore» pas ! Il n’est pas celui qui domine.
Facile de deviner ce qu’ils préfèrent les grands oiseaux : le jambon, oui. Le pain, bof ! . Avec du beurre, « breton de préférence », ça va. La pomme, non. Le fromage ? Si c’est tout ce qu’il y a…
Moi, un peu fatigué de mon agréable randonnée, je reste sur mon herbe moelleuse, avec cette vue splendide de l’océan et des rocs déchiquetés.
La mer est d’huile.
Même le Fromveur est calme : c’est dire !
Les oiseaux sont toujours là : l’un sur une borne taillée dans le granit, l’autre au fait d’un rocher, immobile. D’autres encore décrivent des cercles concentriques. Ils vont, ils viennent à distance. Ils tournent, ils volètent tranquillement.
Si je sors de la nourriture, il ne me faudra pas dix secondes pour être entouré par la multitude agitée et bruyante !
Je m’allonge, je sieste. Un bruissement d’aile me fait ouvrir les yeux. Eh oui, mon « copain » le goéland est revenu, chaque fois un peu plus près : serait – ce parce que je ferme les yeux ?
Gaffe !
S’il se trouve… S’il m’arrivait maintenant de mourir, les yeux… : je crois qu’il me les boufferait !
Et dans ce cas, pas de problème, car alors je lui en fais cadeau!

SergeD.
Atelier d'Ecriture - Henvic

DANS UNE AUTRE VIE

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Dans une autre vie, et je l’espère plus paisible, je serai pendule : pensez-donc, posée délicatement, époussetée, bichonnée, remontée et qui plus est, dévorée des yeux, en marbre parfois, avec de jolies petites dorures …
Au lieu de ça je suis née théière ! On l’est de mère en fille, des blanches, des petites, des grosses, des fleuries, oui, d’accord, mais ça c’est le côté esthétique, parce que s’il vous plaît, réfléchissez trente secondes au côté pratique : Il lui arrive quoi à une théière ? Réponse je vous prie ? Allez , vite pas de faux fuyants, pas de digressions gastronomico –zen …Elle est é-bou-illan-tée !
Et je ne parle pas d’un bain trop chaud qui, somme toute, serait supportable,non : ébouillantée et ceci plusieurs fois par jour et sans jamais se plaindre, elle est théière, elle fait son boulot.
On ne vous demande pas si vous aimez la botanique, on vous gave de feuilles de thé, au mieux, ou alors on introduit dans votre estomac un stupide sachet au bout d’une ficelle dont l’étiquette vous ressort par la bouche, c’est d’un chic !
Mais le pire, c’est l’eau ,la torture moyennageuse, et encore, les pauvres gars, c’était de l’eau froide ! Non, ici le comble du raffinement, c’est d’ébouillanter une brave théière, et pour museler toute contestation, on vous coiffe d’un couvre –théière : les fesses dans l’eau bouillante et le sauna étant de mode, le visage dégoulinant, bref, ,l’horreur absolue …
Quand on n’oublie pas de vous nettoyer …Parce que ça macère forcément là-dedans, c’est tout jaune, noirâtre, normal .
Alors on vous gratte l’estomac, ça fait plus mal qu’une fibroscopie ça, parce que vous n’êtes que théière, qui va vous demander si ça va, vous assurer que c’est juste un mauvais moment à passer ?
Et puis, un jour, on vous accuse d’incontinence sur les tables de salon , vous avez une fêlure, et on dit « ah ben elle fuit ! » Ben oui, pas étonnant !
Pendule, je vous dis, ça c’est le rêve .

Dominique J.
Atelier d’Ecriture - Henvic

02 février 2009

LE BANC

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Il s’asseyait toujours sur le même banc, un de ces vieux bancs parisiens jumelés sur lesquels on se retrouve dos à dos avec des inconnus .
Depuis un an , il avait effleuré des dizaines de colonnes vertébrales ,de nuques ,d’omoplates ,des rondeurs et des chairs abandonnées ,des échines crispées ,des cheveux ,des chapeaux et des manteaux.
Il tentait de deviner si leur propriétaire était un homme triste, une jolie femme ou un couple enlacé : ça l’occupait, il ne se retournait jamais.
Il avait perçu les oscillations dues aux poids, aux arrivées intempestives, aux départs précipités, aux roulements des petites voitures des enfants et à leurs battements de jambes .
Il n’avait rien de particulièrement confortable ce banc, n’était même jamais au soleil, mais chaque samedi après –midi, depuis un an et par tous les temps, il lui était fidèle .
Les commerçants le connaissaient, s’étonnant tout d’abord, se méfiant aussi, car cet homme convenable ne lisait ni journal ni livre, ne conversait avec personne, n’attendait pas de bus.
Il ne se retournait jamais, semblait tout entier porté par une immense force qui lui permettait de passer des heures sans bouger, les yeux fixés sur la façade de l’immeuble. Il était cependant fort courtois, répondait si on lui parlait, mais brièvement et sans se laisser détourner de sa contemplation : on avait fini par admettre que ça n’était pas un de ces tristes sires abonnés des faits divers, après tout, c’ était sans doute un doux rêveur, romantique et inoffensif .
Il savait qu’il attirait les regards et suscitait les commentaires, il s’en moquait.
Les autres jours de la semaines n’étaient qu’un long tunnel sombre qu’il fallait coûte que coûte emprunter pour goûter à l’espoir du samedi, espoir ténu mais inébranlable …
La façade était grise et laide, il en connaissait chaque fissure, chaque appui de fenêtre. Mais, bien sûr, c’était la porte sur laquelle se portaient toutes ses espérances, cette lourde porte verte qu’elle finirait bien par pousser : il le fallait.
C’est samedi, il fait beau, il s’assied face à l’espoir comme tous les samedis, un léger vent parcourt le boulevard apportant les frissons de la boulangerie et ceux du Kebab voisin.
Bien calé sur son banc, il s’appuie au dossier, son dos frôle ceux de ses chers inconnus, peu importe, il ne se retourne pas : il sait par expérience qu’il y a là un monsieur âgé, ses frêles épaules le trahissent ainsi que son eau de Cologne. Il y a aussi une jeune fille, il la devine petite et mince, puis souple et blonde, aux cheveux longs sans doute, mais ça n’est pas tout, ce parfum fruité que le vent lui offre, c’est le passé qui le frappe dans le dos, c’est la porte verte qui n’est plus là devant lui, d’ailleurs il n’y a même plus d’immeuble …
L’espoir s’est posé sur son banc : il se retourne.

Dominique J.
Atelier d'Ecriture - Henvic

UN PETIT MOT...

Ami Lecteur,

Ce BLOG consacré à l'ATELIER D'ECRITURE DE HENVIC est encore un peu "balbutiant"!
Néanmoins, depuis sa création, en janvier 2009, il a reçu la visite de 174 lecteurs différents qui ont ouverts 688 pages : j'estime que ça n'est pas si mal et que celà nous encourage, non seulement à poursuivre mais à développer.
Le projet est d'ouvrir un site (ou d'être "hébergé" par un site Internet), et développer la participation de tous ceux qui le souhaitent (dans le cadre d'une relation conviviale).
A cet effet, un appel aux "HISTOIRES DE NOEL" a été diffusé, un peu tardivement et n'a eu qu'un impact modéré. Il n'est cependant jamais trop tard, et si vous souhaitez enrichir l'édition que nous en ferons, envoyez vos textes!

Deux thèmes que je propose à tous: "L'ESPOIR" et "RESISTANCES".
Tout texte est bienvenu: il comprendra environ 2000 mots (plus ou moins: c'est selon!) et sera "modéré" (entendez par là que nous le contrôlerons avant de le diffuser). L'anonymat sera respecté dans la mais il est indispensable que nous soyons en mesure de vous contacter!
Plus tard... Plus tard, nous ouvrirons un "forum".
Les thèmes envisagés ne manquent pas: "VIELLIR"; "QU'EST-CE QU'AIMER" ... "VOYAGES"; "DEMOCRATIE" et tant d'autres!

Et c'est ainsi, que de nouvelles voix s'élèveront dans le Finistère!
Car, ne vous y trompez pas, il s'agit bien de celà: DONNEZ LA PAROLE ( ECRITE) A CEUX QUI NE L'ONT PAS!

SergeD.
Atelier d'Ecriture - Henvic

LES HOMMES PREFERENT LA GUERRE

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Cher et chair inconnu, car vous êtes les deux pour moi!

J'ai bien compris, à vous lire, que vous étiez passionné par les chemins de fer. Aussi je vous adresse deux paquets de "LA VIE DU RAIL" et vous en adresserai deux autres le mois prochain. Ne me remerciez pas: je les ai gratuitement et ils sont périmés! Mais, comme vous m'avez dit que, dans votre casernement, vous vous ennuyiez à mourir , la lecture vous distraira et empêchera peut-être que vous fassiez comme vos copains qui vont traîner au B.M.C (ndlr : Bordel Militaire Contrôlé).
Je ne vous connais pas, mais je n'aimerais pas savoir que vous fréquentez ces lieux infâmes: je vous recommande de toujours garder la tête froide pour résister coûte que coûte à la tentation!
A propos, si vous venez en permission dans deux mois, nous pourrions nous rencontrer, si vous le désirez, bien entendu, entre midi et deux heures, à la Gare Saint-Lazare: mon bureau est à deux pas, rue de Provence.
Ce sera notre toute première rencontre et j'espère que vous ne serez pas déçu: je vous enverrai ma photo pour que vous puissiez me reconnaître. Je ne suis pas un top-model, mais je ne suis pas laide non plus, malgré mes lunettes!
Nana Mouskouri, elle aussi, porte des lunettes et tout le monde lui trouve beaucoup de charme!
Jean-Pierre, avec qui j'ai correspondu jusqu'à la fin de son Service me disais que j'étais sa "petite boule de gomme chérie". Je n'ai jamais su si c'est parce qu'il me trouvait un peu ronde ou trop collante ou trop petite! C'est vrai qu'avec les militaires, je n'ai jamais eu trop de chance: en deux ans, j'ai été la "marraine de guerre" de trois soldats ( vous êtes le quatrième) et tous ont été trop timides pour me voir à leur retour ou me demander de sortir avec eux, malgré mon insistance.
Ma copine Claudine ( avec qui je me suis fâchée à cause de ça!) disait:
« Ils te résistent... Ils ne sont pas si affamés que ça, quoiqu'on dise, et ne veulent pas toucher au plat de résistance!" »
J'ai trouvé que c'était une réflexion de mauvais goût et d'un humour douteux. C'était peut-être une allusion à mes cent vingt cinq kilos, mais, comme je lui ai dit:
« Est-ce que c'est ma faute, à moi, si je ne peux résister, après le dîner, à la boîte de Cassoulet William Saurin ou à celle de Raviolis? »
Non, mais franchement, c'était pas très gentil de sa part!
Vous savez, j'adore l'uniforme. Si nous sortons ensembles, j'aimerais que vous le gardiez car ça me fait craquer et je serais alors incapable de résister longtemps au prestige qui s'en dégage!
J'attends avec impatience votre permission qui me permettra, entre vos bras, de vous faire oublier toutes les horreurs que vous rencontrez dans cette guerre.
Votre très dévouée et très impatiente "marraine",
Eliane

SergeD.
Atelier d’Ecriture Télérama – Henvic

PORTRAIT

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- « Ah! Tu viens faire couper tes fagots ! » ironisait le coiffeur du bourg lorsqu'il avait l'âge des culottes courtes.

Il l'a toujours eue cette chevelure, cette couleur cidre allongé , blanchissante et désormais tout à fait neige, crantée, mousseuse, indomptable plus que rebelle et qui l'obligeait tous les matins à de savantes manipulations, s'il ne voulait pas frapper aux portes de ses patients en savant fou mais en respectable praticien, à une époque où l'on attendait du "docteur" une prestance que l'on pensait ne pas posséder soi-même.

Il avait bien fallu s'y plier à ces convenances, à ce costume qu'il détestait ,cette cravate qui l'étranglait mais qu'il se sentait obligé d’arborer pour faire sérieux .
Mais son regard de loup gris, doux et modeste, trahissait le gamin en sabots qui lisait en cachette à la lueur d'une chandelle, le lycéen pauvre et brillant, l'adolescent affamé épris de liberté qui partait pour de longues campagnes de pêche avec ses oncles et l'étudiant qui tentait d'échapper à la corvée de servir les clients dans le bistrot maternel .

Il avait rêvé d'un autre uniforme, bleu marine celui-là, que l'on porte à la proue des vaisseaux, et dont le couvre-chef eut peut-être fini par dompter ses fagots, mais voilà, les mathématiques en avaient décidé autrement, et pour le loup gris nourri de culture classique, la médecine se profila comme un pis-aller qu'il sembla toujours regretter .

De petite stature, trapu, il n'avait pas cette fière provocation qui hausse de quelques centimètres d'assurance nombre d'hommes humiliés d'avoir été floués par mère nature.

Il n'en avait pas besoin et son excessive modestie en eut également souffert.
Personne ne voyait dans cet homme dont il fallait toujours raccourcir les manches et les pantalons un esprit brillant et acéré doté d'une épuisante mémoire, et que des vers de Corneille mettaient en joie comme la vie de Nefertiti.

Ses mains courtes et pataudes ne semblaient pas pouvoir tenir un stylo et pourtant je le soupçonne d'avoir aligné,toujours à la plume, des pages d'observations qu'il jugeait malheureusement médiocres et qu'il n'a permis à personne de lire : regrettable gâchis…Il ne savait pas dire "je vous aime ".

Il enfilait avec la même dextérité des aiguilles de suture ou des vers sur des palangres, toujours en silence .
Parler de lui le lassait. Il ne s'aimait pas et ne comprenait pas que l'on puisse le harceler de questions sur son passé, déplorable mutisme qui provenait sans doute du trait breton que l'on prend à tort pour de la fierté ou pire, pour une bovine apathie .

Ses études; la liberté qu'elles lui ont procurée, ne l'ont dans doute jamais très éloigné du petit sauvage qu'il était, pas bavard disaient des patients, timide et gentil ; bourru ai-je encore l'occasion d'entendre, uniquement préoccupé du travail bien fait, et si peu sûr de lui qu'il vérifiait vingt fois que la porte était bien fermée, jusqu'à en fracturer la serrure.

Malhabile en société, il laissait son regard courir sur un meuble, un coin de ciel, mains inutiles réfugiées autour d'un verre, et peinait à "brasser" comme il disait .
Il ne brasse toujours pas, mais il reporte à certaines occasions la cravate honnie qui, finalement, lui sied car elle est maintenant son choix.
Ses fagots le trahissent toujours sur les photos de groupe : c'est pratique pour le reconnaître.

Dominique J.
Atelier d'Ecriture - Centre Culturel de Luzec - Juillet 2008

BESTIAIRE

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Il court il court le furet... Ouh là là, quelle vitesse! Comment voulez-vous que je fasse son portrait...Il n'arrête pas de se déplacer!
Ah oui comme le furet il est petit, mais il se dresse sur la pointe des pieds pour tromper l'adversaire...Je crois plutôt qu'il a inséré des talonnettes dans ses chaussures. Il aurait des complexes peut-être? C'est un gars tout en nerfs... et comme le ratier il aboie beaucoup.
Surtout quand il sait que rien de fâcheux ne peut lui arriver.
"Casse-toi pauv'con"; "descends si t'es un homme"; "Je vais vous nettoyer tout ça au Karcher". Il aime les phrases qui percutent. Mais si le coin est mal famé pour lui, il annule la visite vite fait bien fait...

Voyez-le ce paon qui fait la roue, qui fait miroiter ses prétendues richesses... Bling bling ça clignote dans tous les sens, ça frime sur le bateau de ses amis... Enfin quand je dis ses amis je ne suis pas sûr qu'il en ait des amis... Pas dans sa profession en tout cas. Il les lâche dès qu' ils ne servent plus ses intérêts, ses copains de 30 ans!

Son pays, c'est lequel? La France ou plutôt les États Unis? Mais il n y a pas de roi là-bas! Mais il y a le Monarque, ce papillon voyageur.
Un coup au nord, un coup au sud, un vrai migrateur ce papillon . je crois que c'est cela qu'il veut être , un Monarque plein de couleur, virevoltant aux quatre coins de la terre! Même ses initiales lui font penser qu'il est Notre Seigneur de droit divin...
Je sais pourquoi il court il court notre "furet - Monarque" car il a dû se rendre compte qu'en France on les pourchasse les Monarques depuis 1789... Mais il a confiance en lui, il court vite, si vite qu'il est partout sur toutes les chaines de télévision en même temps. C'est l'effet des vols de Monarques qui sont des millions et donc très difficiles à attraper...
Alors comment voulez-vous que moi je le saisisse pour faire son portrait? Il bouge, il bouge, il m'affole avec ses cabrioles, ses tics!
Il parle, il parle, fait les questions et les réponses: un vrai perroquet. Je suis épuisé, épuisé je vous le dis...

Au fait l'avez-vous reconnu ?

Corsaire
Atelier d'Ecriture - Henvic

LA FIN D'UN MONDE

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30 millions d'années, un octobre, qui ne savait pas qu'il s'appellerait ainsi, du soleil et une douce chaleur, sur le marigot de cette côte.
Le « multipatte » s'ébrouait dans le ruisseau en traînant sa carapace d'ébène, sa tête surmontée d'antennes se balançait de droite à gauche pour repérer son prochain repas. Au loin, le grondement de tonnerre des volcans s'accentua et un voile passa devant le soleil. Le sol se mit à trembler de plus en plus fort et ce qui ressemblait à des arbres ou des fougères géantes se mirent à basculer sur la colline voisine. « Multipatte » franchit le ruisseau et posa ses « petites gambettes » dans la vase de celui-ci. Soudain une pluie de petites pierres incandescentes s'abattit autour de lui. Il accéléra l'allure et s'enfuit vers sa tanière qui allait devenir sa dernière demeure. Derrière lui, les pierres et les cendres volcaniques s'accumulèrent sur les traces de pas!
Cela dura des années et puis un jour... des chercheurs paléontologues découvrirent sur la côte ouest des U.S.A. des traces de pattes fossilisées datant d'une période où normalement les animaux terrestre n'existaient pas encore....

corsaire - 11 octobre 2008
Atelier d'Ecriture - Henvic

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