31 mai 2009

L’ŒIL DU MAITRE (texte composé)

(Un texte à composer en utilisant la phrase : « Je ne poserai la question qu’une seule fois ! » proposée par SergeC.) 

 

 

***

            Dorymène rassembla les moutons épars et, comme le lui avait demandé son père, les compta au fur et à mesure qu’il les faisait entrer dans la grotte qui servait de bergerie. C’était facile car l’entrée en avait été rétrécie afin que deux bêtes seulement puissent y passer ensemble.

            C’était une idée de son père que d’avoir à demi-clos l’entrée de la grotte car ainsi, malgré sa cécité, il pouvait contrôler le nombre de moutons rien qu’en les effleurant de ses doigts rudes de paysan et de pêcheur.

*

            Dorymène savait que l’homme était toujours dans la grotte…Il lui avait demandé de rester caché tout au fond et de ne pas en bouger, mais les moutons, et principalement les brebis, en rentrant, se mirent à bêler comme jamais et les agneaux, effrayés, à pleurer. Il eût toutes les peines du monde à les calmer…

 

Ainsi l’homme, l’étranger, était revenu ! Il venait chercher la peau précieuse qui, cependant, n’était pas à lui… La première fois qu’il était venu dans  l’Ile, il y avait de cela bien des années, Dorymène n’était pas encore né ! Cet homme avait été la cause du drame qui avait rendu son père aveugle, fou de rage, de rancœur et de désespoir… Il avait fallu tout l’amour d’Epiphane, sa jeune épouse, pour qu’il s’apaise et reprenne le cours d’une vie normale.

Dorymène était né et le bonheur était revenu dans l’Ile. L’enfant était heureux entre son père, ce colosse prodigieux, et sa mère aussi douce et patiente que son mari pouvait être coléreux et emporté : mais cela, c’était avant car elle avait su apprivoiser cette montagne !

L’enfant promettait d’être aussi fort que son père et aussi sensé que sa mère : que du bonheur, en quelque sorte ! Il aimait s’occuper des moutons qu’il connaissait par cœur, mais il aimait aussi accompagner son père en mer : à ce moment, il était ses yeux !

Et puis voilà, l’homme était revenu !

Il avait d’abord raconté une histoire rocambolesque à l’adolescent qui ne l’avait pas vraiment cru et laissait voir son scepticisme. Alors, peu à peu, le ton monta et devint carrément menaçant :

 

- Et puis, en voilà assez ! Tu n’as aucune idée de ce que cette peau représente pour moi : tu es bien trop jeune pour en imaginer la valeur ! Allons, apporte-la moi sinon…

Dorymène n’avait pas peur :

-  Sinon ?

- Sinon… Je tuerai tous tes moutons et je mettrai le feu à ta maison !

- Mon père est bien plus fort que vous, il vous en empêchera !

- Ah, ah, ah, ton père ! Mais il est aveugle ton père… S’il apprend qui je suis, il sera terrorisé !

- Qui êtes-vous donc ?

Et l’étranger lui avait dit son nom! Il avait ajouté :

- Je vais rester là, dans la grotte, jusqu’à demain. Tu as jusqu’à ce moment pour m’apporter ce que je t’ai demandé !

Le soir venu, Dorymène avait rentré les moutons comme à l’accoutumée puis, préoccupé, il était rentré sans un mot à la maison.

Son père l’interrogea :

- Pourquoi les moutons bêlaient-ils si fort ?

- Oh rien… Un chien sans doute, ou un loup dans la forêt !

- Dorymène, ne me raconte pas d’histoire ! Tu me caches quelque chose…

- Mais, Papa…

- Dorymène !

- C’est… C’est Personne !

- Mon fils…Je ne poserai la question qu’une seule fois : qui est dans la grotte ?

- Mais Papa, je viens de te dire ! C’est « Personne »… Il s’appelle « Personne »…

Alors Polyphème le Cyclope blêmit!

« Personne » ! Ainsi le monstre qui l’avait rendu aveugle était de retour…

« Personne », c’est-à-dire Ulysse, roi d’Ithaque, qui, jadis, avait crevé son œil unique, était revenu chercher la « Toison d’Or » confiée par Jason !

Une haine féroce s’empara de lui qu’il parvint néanmoins à contrôler. Cette fois-ci, cet aventurier, ce voleur, ne s’en sortirait pas comme cela ! Prendre Dorymène en otage était bien de lui ! Il allait le payer fort cher :

-Dorymène : voilà ce que nous allons faire… (À suivre)

 

SergeD.

Atelier d’Ecriture de Henvic (30 mai 2009)

“ALLER OU NE PAS ALLER…(texte composé)

(Un texte à composer en utilisant la phrase : « Je ne poserai la question qu’une seule fois ! » proposée par SergeC.)

 

 

 

***

« To go or not to go? That is the question…»

 

            Ce matin, en ouvrant la radio, les nouvelles n’étant pas des plus intéressantes et tout en vaquant à mes occupations quotidiennes, mes pensées vagabondaient sans but.

            Brusquement, interrompant ce vague à l’âme, il me revint à l’esprit que je ne devais pas oublier ce voyage à Paris qui, je dois le dire, ne m’emballait pas !

            Je tournais dans ma tête toutes les raisons valables pour ne pas y aller… Et si je commettais une erreur de ne pas m’y rendre ?

            La date de ce voyage étant assez lointaine, il me faut pourtant prendre une décision !

            L’heure du repas approchait et tout à sa préparation, j’en oubliais mon problème.

            Le lendemain, comme un let-motif, le voyage refit surface. Je devais donc me décider car la date « butoir » était quinze jours avant le départ.

            Cela m’énervait de penser, de réfléchir normalement. Je retournais le problème une fois « non », une fois « oui » ou « peut-être » !

A bout d’arguments, je pris la décision que, dorénavant, je ne me poserai la question qu’une seule fois : ma réponse sera définitive et sans regret !

 

Ginette G.

Atelier d’Ecriture de Henvic (30 mai 2009)  

28 mai 2009

La bicyclette (Humour)

 

 

*

            Mai fleuri, mai chantant… Des ondes de lumière et de douceur s’épandent sur la campagne, coulent sur la rivière, se dissimulent sous les frondaisons de la forêt. Il flotte un « je-ne-sais-quoi » dans l’air matinal et plus encore dans l’air de la fin du jour… Temps bienheureux habité de légers parfums délicats, subtils, multiples, qui enivrent les esprits : journées remplies de désirs, nuits pleines de plaisir ! Un temps à ne savoir dire « non », un temps à perdre son âme, à chantonner des musiques d’accordailles…

            Les rires du père Camus accompagnent plus que jamais ses plaisanteries « fumeuses » auxquelles, enfin, le passant sourit !

            La mère Jaouen appelle ses volailles : « Pirouiit, pirouiit… ». Sa voix est claire et chantante : même pour elle, la voix du printemps nouveau sans doute !

            Les bruits de la forge de « monsieur » Dequin résonnent, plus haut, plus clair encore qu’à l’ordinaire…

            Valérie, la boulangère, chante et rit avec ses clients, comme tous les jours !

Pierrot, le mécanicien, siffle les airs à la mode…

            Et monsieur le Curé, tout de noir vêtu dans sa soutane qu’Ambroisine a repassée de près, sort de son presbytère pour prendre sa part de bien-être. Son bréviaire à la main, il arpente lentement l’avenue ombragée, la Place accueillante. Souvent il relève la tête pour adresser un sourire, un mot à chacun. Il s’arrête auprès de la bande de jeunes gens, installés, déjà, à la terrasse du « Bon accueil », seul « Café – Tabac – Restaurant » du village. Ils parlent haut et rient très fort : ceux-là s’en vont faire une longue ballade en vélo et la soirée se terminera à la fête du village que les filles attendent avec impatience depuis longtemps !

Le village respire la paix, la joie.

Ce « je-ne-sais-quoi » qui flotte dans l’air du matin, c’est le goût de la vie, le goût de l’amour, du renouveau, de l’instinct animalier.

 

*

            Tout à coup, déboulant de la ruelle des Remparts, une bicyclette bleue, assez mal maîtrisée, fond sur le Curé : l’accident paraît inévitable et, pourtant, in extrémis, l’engin finit sa course juste dans les jambes du Curé sans – miracle ! - lui faire le moindre mal.

            - Sacripan ! Tu pourrais faire attention…

Il reconnaît Pierrick :

- Pierrick ! Bon sang… Tu as failli me renverser !

            - Pardonnez-moi monsieur le Curé, je ne l’ai pas fait exprès !

            Pierrick, dans le village, est ce qu’on appelle un « bredin », un « innocent » si vous préférez, qui n’a pas inventé la poudre et ne connaît pas le mal. Il allait sur ses dix-huit ans mais, dans sa tête, qu’il avait fort belle d’ailleurs, il avait l’âge d’un enfant.

            - Mais c’est la bicyclette de Marinette que tu as là ! Tu ne l’as pas volée au moins ?

 

*

           

Marinette…

            Un sacré beau brin de fille, celle-là, qui tournait la tête à plus d’un garçon. A certains maris aussi qui se faisaient réprimander par leurs épouses un rien jalouses !

            - C’est une effrontée, une fille sans morale : une fille perdue !

            De vieilles grenouilles se signaient même sur son passage, parfois, trop sèches pour n’avoir jamais pu être parcourues, un jour, par la sève de cette « jeunette » !

            Marinette se moquait bien de ce que les bigotes pouvaient raconter à son sujet. Elle dédaignait les regards hypocrites et les sourires fallacieux des « bonnes gens » d’un monde où elle se sentait étrangère !

            Elle aimait rire, oui ! Et danser aussi, jusqu’à en perdre le souffle.

            Et si l’un des garçons parvenait à lui conter fleurette, c’est qu’il avait l’heur de lui plaire et cela ne portait pas à conséquence : elle était une fille d’Eve, libre de sa vie, libre de son corps…

            Et aller donc savoir pourquoi ? Ce « bredin » de Pierrick lui plaisait !

            Il était joli garçon, c’est un fait, grand, musclé à souhait, le visage éclairé par un gentil sourire qui vous disait que vous existiez. Mais, côté esprit… Enfin, peut-être que, justement parce que, incapable de penser le mal, incapable de le faire, il était peut-être bien le plus pur des garçons que la nature ait jamais conçu !

 

*

            - Non, monsieur le Curé, je n’ai pas pris la bicyclette de Marinette : c’est elle qui me l’a donnée !

            - Tu veux dire qu’elle te l’a prêtée ?

            - Non, non… Elle me l’a donnée !

            - Comment ça, « elle te l’a donnée » ? Elle vient de l’acheter avec l’argent qu’elle gagne comme « placeuse » au cinéma…

            - Elle me l’a donnée : demandez-lui et vous verrez !

            - Ca n’est pas très clair tout ça, Pierrick ! Raconte-moi comment cela s’est passé…

            - Ben, monsieur le Curé, c’était hier… J’étais à la rivière, au Gué des Fées, à la pêche. Et ça commençait à mordre, je vous dis pas…

            - Oui, oui, très bien : mais le vélo ?

            - Ben, Marinette s’est approchée de moi sans que je la voie et s’est assise sur la berge et elle m’a parlé. Elle avait sa belle jupe toute blanche…

            - Hum, hum… Un peu trop transparente à mon goût !

            - Alors, elle a dit, comme ça : « Est-ce que tu me trouves belle, Pierrick ? ». Sûre qu’elle est belle, hein, monsieur le Curé ?

            - Oui, oui… Continue !

            - Elle a dit aussi qu’il faisait chaud. Alors elle a remonté sa jupe sur ses genoux et ouvert son corsage sur sa peau bronzée. Elle a passé son mouchoir sur sa poitrine pour enlever la transpiration…

            - Alors ?

            - Alors, elle s’est allongée tout près de moi. Elle sentait bon…

            - Ne t’arrête pas tout le temps : continue !

            - Elle a posée sa main sur mon bras… Ca m’embêtait bien un peu à cause de ma ligne qui risquait de s’accrocher dans les herbes et en plus je pouvais manquer une « touche » ! Je me suis tourné vers elle : c’est bien vrai qu’elle était belle. Et elle m’a dit : « Pierrick, si tu me trouves belle…Alors tu peux tout prendre ! ».

            - Et… Et tu as… ?

            - Oui, monsieur le Curé : j’ai pris le vélo !

 

***

 

SergeD.

Atelier d’Ecriture de Henvic

26 mai 2009

Je me souviens des couleurs (Annick C.)

*
Je me souviens du rose de ma robe à smocks à petits carreaux.
-du vert tendre des berlingots de l’épicière.
-du blanc de ma plus belle robe tachée de sang après une gifle.
-du violet et du vert de mes rubans préférés.
-du turquoise foncé de la mer démontée.
-du gris des rues du bidonville du Caire.
-Du noir bleuté de l’oasis, le soir.
-du ciel vert glacé au Mont Ste Catherine.
-du bleu marine des Mille Iles.
-du blanc mousseux des chutes du Niagara.
-Du vert prairie des paysages de Norvège.
-Du noir des vêtements de ma grand-mère.
-du jaune vif des ajoncs au soleil.
-du bleu anthracite du goémon sec.
-du rose très pâle des sucres de Noël.
-des briques brunes du fourneau de ma grand-mère.
-du bleu d’une certaine porte d’entrée.
-du bleu marine de mes uniformes.
-du gris d’une paire de chaussures trop petites.
-de l’orange de l’orange de Noël.
-des différents roses des camélias d’un jardin.
-de la poussière ocre sur mes chaussures de marche.
-du noir de la nuit par la petite fenêtre du dortoir.
-du marron laiteux de la Charente.

Tout un arc-en-ciel.

Annick C.
Atelier d’Ecriture de Henvic

24 mai 2009

La beauté (par Annick C.)

 

*

 

Beau comme une voile de vieux gréement

Eclatant comme le soleil levant

Ardant comme un amour naissant

Unique et toujours renouvelé,

Tels pourraient être les mots-prétextes

En toutes phrases composant ce texte.

 

 

La beauté est comme une conjugaison d’éléments : du plus simple au plus-que-parfait. L’association des couleurs dans un bouquet pourrait en être un exemple. Une feuille très modeste, d’un vert que l’on qualifierait d’ordinaire ornant  le bleu du myosotis. Quoi de plus simple ? quelques pétales et rien d’autre. Le muguet est-il prétentieux par sa forme recherchée ou simplement beau par sa blancheur, humble au pied d’un arbre et n’espérant séduire que par son parfum de mai.

Beauté d’une chevelure rousse emmêlée par le vent là-bas sur les collines irlandaises.

Vieux gréement traversant la baie dans sa grande robe brune, hésitant à chaque bord et se décidant enfin à rejoindre le quai.

Je me souviens encore d’une nuit inconfortable quelque part vers la Pointe du Raz, cachée entre deux dunes, en camp improvisé. La récompense était là, au petit matin : l’éclat du soleil levant, la main protégeant mes yeux éblouis.

Et que dire de la beauté de la musique, sinon qu’elle me fait respirer. Le besoin d’accompagner les notes me pousse vers de grandes inspirations et puis, avec l’émotion, vient le soupir.

 

Annick C. mai 2009

Atelier d’Ecriture de Henvic

 

 

18 mai 2009

La place du martyr était vide (par Lénaïc)

*

 

« La place du martyr était vide » mais la place du chauffeur ne l’était pas. La conductrice semblait assise, au repos, si ce n’était cette oreille dont s’échappait un filet de sang. L’autoradio ne s’était pas éteint et on pouvait entendre cette chanson de Radiohead, qu’elle aimait tant, qu’elle avait fredonné tout au long du voyage à Barcelone. De Barcelone, son esprit s’évada vers Salamanque, elle revit la casa de las conchas, le cosmonaute sur le pilier de la cathédrale, l’inscription en latin, « Ce que la nature ne te donne pas, Salamanque te le prête. »

Elle se vit glisser doucement sur sa barque sur le Tormes puis la quitter et aller à la rencontre de Lazarillo qui lui faisait de grands signes sur la berge. Ils rejoignirent ensemble les grand-mères, assises sur un talus, nul ne sait la raison pour laquelle, malgré leurs rhumatismes et leur arthrite, elles avaient voulu s’y asseoir. Elles semblaient préoccupées, l’épisode des Feux de l’amour avait été difficile à suivre ce jour. Elle le leur expliqua, comme elle l’avait toujours fait. Puis elle répéta, « la place du martyr était vide. » L’une des grand-mères quitta les personnages du feuilleton et s’exclama : 

-  Mais non, c’est toi qui étais assise sur ce siège ! C’est le docteur Didagododray qui conduisait, qui te menait, qui t’a menée contre ce platane. Marie et moi avons tout vu ! 

 Puis elle ajouta :

-  Marie, prends le par les pieds, ce chauffard. 

- Oui, Hélène nous allons l’installer à la place du martyr, si j’en ai la force ! 

           - Toi, ajouta Hélène, installe-toi au volant, tu reprends la route en direction de la France. A la frontière sors le corps de cet homme malhonnête, jette le dans un fossé et reprends  ta route. Là, tu retrouveras le titre de la chanson de Radiohead qui te mènera à celui chez qui tu veux aller sans ce chauffard charlatan. 

- Oui, mes vamps à moi, répondit-elle, j’irai. Je vous rejoindrai, mais pas tout de suite. 

 

Lénaïc B.

Atelier d’Ecriture de Hernvic

 

SUR "LA BEAUTE" (Lénaïc)

 *

 

D’abord, il y a la beauté de son léger accent chantant, sa voix posée, chaude. Il raconterait n’importe quoi (ça lui arrive) que je resterais sous le charme.

 

Puis, il y a la beauté de, devinez, un roulis, un souffle – elle expire – puis un autre souffle- une profonde inspiration, plus proche, plus lointaine… selon la marée…

 

Enfin, il y a la musique : la beauté s’une voix de soprane quand elle entonne « Kous »… La beauté de ces musiques qui m’accompagnent : Duende de José Luis Encinas, le hautbois soliste du concerto de Aranjuez, et bien entendu Franz sur le mode mélodissime : leurs voix, la musique, les paroles : c’est chargé de trop d’émotion pour moi.

 

Lénaïc B.

Atelier d’Ecriture de Henvic

Je me souviens...(Marie Andrée)

*

De la naissance de mes petits fils.

Léopold est né en 2000 et Alexis en 2003.

 

Ils sont tous les deux, les aînés de chacune de mes filles, et sont nés à la fois dans des conditions similaires et tellement différentes. Mais à chaque naissance pour moi, se jouait un événement digne d'un miracle.

Encore une fois, la vie, la vitalité et aussi le charme du bébé opérait, déjà avec leur personnalité, leur façon de bouger, d'être au monde et j'étais conquise par leur présence.

La sensualité de leur être emplissait la pièce, où ils se trouvaient.

Je retrouve dans ces deux naissances, le même plaisir d'être là, avec eux. Impatiente, disponible et interdite car ce sont deux petits garçons exceptionnels.

J'éprouve le besoin de leur dire, de leur transmettre tout mon amour. Ils comptent beaucoup pour moi.

C'est une vraie étrangeté, que de voir la vie renaître, après avoir mis au monde soi même deux enfants : étrangeté et vrais délices offerts par la vie, dans ma vie.

Leurs intérêts, leurs énergies, leurs façons d'être au monde, leurs dialogues avec moi m'enthousiasment.

Léopold, curieux, s'exprime avec chaleur, volubilité et inscrit son comportement déjà, dans la conformité, dans la loyauté à son grand père.

Il sait depuis un an resserrer des liens familiaux qui pourraient s'évanouir sans sa présence. Il ne doute pas, il fait, fort de son innocence et de son savoir, inconscient de l'histoire familiale. Il y croit beaucoup à son inscription dans une lignée. Il la souligne. Il se distingue en choisissant des intérêts proches de la terre. Il aime les minéraux, les fossiles. Il aime apprendre la charpente, la construction des sols. Il comprend tout l'intérêt de l'Histoire, de la géographie, des pôles d'attirance (météorites).

Tout ce savoir est emmagasiné et ainsi le calcul devient facile car il peut s'inscrire dans des événements concrets.

Il aime enraciner et fait son jardin (rosiers, fraisiers mais aussi légumes).

Il est toujours en mouvement. Les bouts de ses chaussures sont souvent usés car il fouille le sol à la recherche du trésor enfoui, à la campagne comme à la ville. Son enthousiasme sans limite et sa spontanéité le ferait ôter une pierre sagement alignée devant une église d'un centre ville récemment refait... ou de porter ou faire porter un morceau de granit rose, de la plage à sa chambre pour agrandir sa collection.

Tous ses extraits de minéraux l'aident à construire son monde.

Je sais que chaque soir, il s'endort le dictionnaire sur les pierres à la main...Quand le sommeil vient, le livre lui  tombe des mains et ses rêves le transportent sur d'autres continents, pour trouver où regarder des minéraux de toutes les formes et de toutes les couleurs…

 

Alexis est un petit garçon différent. La mort l'a frôlé. Sa communication est plus difficile. Son enthousiasme pour un objet est plus difficile à saisir. Cependant pour son anniversaire et presque tout bas, je l'ai entendu dire; « il est beau ce tableau ». Il est resté un beau moment avec sa craie, à réaliser des tâches sur son grand tableau. Il a utilisé la première craie sur la tranche, ainsi la surface était plus vite couverte et la poussière tombait, comme de la fumée, à ses pieds.

A ce moment, il était content et heureux.

Alexis est comme son grand cousin. Il aime les petits cailloux. Il les égrène depuis qu'il est petit ou les jette toujours de façon adroite, mais pas forcément de façon appropriée soit dans la campagne soit sur le terrain de promenade.

Son sourire est magnifique et ses yeux sont pétillants d'intelligence mais trop souvent de contrariété. Alexis se met souvent en colère : il s'oppose. Il est contre : veut aller par ce chemin et veut rester dehors car il aime regarder les nuages se déplacer vite dans le ciel, puis les feuilles et les branches des arbres se mouvoir dans tous les sens quand le vent fort les agite. Mais ce qui le passionne par dessus tout, c'est la mer avec ses allées et venues, et les vagues qui se forment quand une roche entrave son va et vient. Là, il est sérieux, presque calme au creux de mes bras. Il est attiré et subjugué. Là, le temps ne compte plus. Ce renouvellement, à la fois surprenant et sans surprise le rassure et le fait vibrer.

Alexis aime le mouvement. Son corps me le montre, mais il ne prend pas de risques inutiles. Il a conscience du danger, dans les endroits naturels.

Quand il est fatigué, ou au moment de se coucher, son doudou, un petit chien tout doux offert par sa maman, à sa naissance, le rassure. C'est quand Alexis est prêt à s'endormir qu'il le pose sur ses yeux, alors, il s'envole dans un autre monde, plus doux, apaisant, structurant...

 

J'aime voir mes deux petits fils dormir. Léopold, avec ses jolies tâches de rousseur sur le bout de son nez et Alexis, aux longs cils et à la peau hâlée, ils sont calmes et leurs respirations sont harmonieuses et rythmées.

 

C'est en les regardant assoupis, que j'ai conscience d'un bonheur dans ce moment présent et j'en profite…

 

Marie -Andrée (Rennes, avril 2009)

Atelier d’Ecriture de Henvic

LA VIE DE BOUBOULE, LE PETIT ARBRE (1)

*

Bouboule détestait  entendre Iris et Paul se disputer. Il vivait chez  eux, bien au chaud dans un  gros pot blanc rempli de bonne terre, à l’abri de la pollution atmosphérique, de la grêle, du vent, du tonnerre…

Il recevait quotidiennement l’exacte quantité d’eau nécessaire à sa  croissance,  et non cette épouvantable  eau de pluie qui aurait infailliblement rongé ses  grasses aiguilles vertes.

A l’école des arbres où il vivait auparavant, il se tenait toujours très droit, branches impeccablement alignées et aiguilles bouffantes ; il se savait de noble extraction et cela lui avait valu des sarcasmes de la part de ses condisciples qui le trouvaient un peu prétentieux ; c’est donc avec une légitime fierté  qu’il avait été choisi spontanément par Iris, c’était « celui –là, le plus beau » qu’elle voulait et aucun autre. Il partit avec un léger sourire provocateur, lui au moins n’aurait plus jamais à redouter le vent glacé, le tonnerre et les éclairs.

Mais ce soir Iris regardait tristement par la fenêtre après une nouvelle dispute avec Paul. Des enfants jouaient sur le trottoir, couraient autour du vieil arbre, le frappaient parfois, mais  il avait l’air heureux  pourtant et Bouboule aurait pu l’envier s’il n’y avait pas eu tous ces gaz d’échappement, ces fumées toxiques. Iris et Paul disaient bien  qu’on devrait interdire les voitures ; sur ce point au moins, ils étaient d’accord !

Bouboule était tellement plongé dans ses pensées qu’il n’avait pas vu qu’Iris avait ouvert la fenêtre ! Et il avait oublié de retenir sa respiration car, bien sûr on ne pouvait  absolument pas respirer l’air extérieur, empoisonné et vicié… Etait –elle devenue folle ? Et pourquoi se penchait-elle par la fenêtre ?  

- «Iris, je t’en prie, ferme la fenêtre, vite, vite ! »

Il s’attendait à s’évanouir, il avait forcément inhalé  quelques bouffées de cet air atroce. Il allait mourir… Mais  non, rien, curieusement il se sentait assez bien, même un  peu mieux, plus fort, plus… ? Mystère… Et bien sûr Iris ne l’avait pas entendu crier : c’était un problème, ça  aussi, que les plantes comprennent la langue des humains et pas l’inverse ; il faudrait y remédier un jour.

Au grand étonnement de Bouboule, un papillon entra, tout jaune, et se posa tranquillement sur une des branches de l’arbuste :

- « Tu es qui toi ? » dit  Bouboule « un papillon c’est ça ? Et  comment tu t’appelles ? »

Silence …

- « Tu as bien un nom quand même ? Moi, c’est Bouboule » dit-il  fièrement.

- « Ben non, j’en ai pas ! » répondit piteusement le papillon. 

- «Et bien alors on va t’appeler Ptit’jaune, il te faut absolument un nom » dit Bouboule, légèrement méprisant, car lui , arbuste, en avait un, choisi par Iris, ce qui lui conférait une importance qu’il appréciait en pensant aux arbustes restés à l’école et que l’on n’avait  toujours pas baptisés, les pauvres …

- « Mais je n’ai pas toujours été aussi jaune » répliqua le nouveau baptisé «avant j’étais une chrysalide et encore avant une chenille ! Si tu veux je peux t’en montrer, viens ! »

Bouboule ignorait ces deux mots mais ne voulait pour rien au monde avouer  ses lacunes. Doublement vexé de ne pouvoir se déplacer et d’avoir été pris en défaut, il jeta perfidement :

- «de toutes façons la fenêtre est fermée, on n’ira nulle part ! »

- « Dieu du ciel ! » cria Ptit’jaune, « mais je vais mourir de faim ! »

- « Mais non, dit Bouboule, dans deux ou trois jours Iris ouvrira la fenêtre et tu pourras sortir respirer ton air vicié ! »

- « Air vicié ? Ca va pas mon vieux ! C’est dedans que ton air est mauvais et si j’avais su je ne serais pas entré ! »

- « Mais non, répliqua patiemment Bouboule, c’est parce que Iris a ouvert la fenêtre et fait entrer cette puanteur, c’est tout ! »

- « Tu comprends rien mon pote, dit Ptit’jaune, il faut que je sorte  moi, respirer, et pas de l’air en boite ! »

Au même moment la porte du salon s’ouvrit et Paul entra, furieux ; il se mit à fouiller partout’ poussant les livres, vidant les tiroirs, jusqu’à ce qu’il trouve un petit paquet rouge et en  sorte  nerveusement un bâtonnet blanc qu’il alluma ;

- « Tu ne vas pas fumer ici ? dit Iris. Je ne supporte pas ça ! »

- « C’est ça, tu vas m’empêcher de fumer chez moi ! »

- « Chez toi ? Je pensais qu’on vivait ensemble ! Mais je me suis trompée, comme sur tout le reste d’ailleurs ! »

 

- « Mais qu’est ce qui se passe ? » dit Ptit’jaune

- « Oh rien, ils se disputent, comme d’habitude …» dit Bouboule.

 

Iris pleura un moment puis ce fut le silence.

- « Ils sont allés dans la cuisine » dit Bouboule.

- « Bon, il faut que je sorte » dit Ptit’jaune, mais sa voix était de plus en plus faible, il était jaune pâle à présent.

Bouboule, inquiet pour son nouvel ami lui dit :

- « Si tu as faim, il y a des fleurs dans la pièce à côté, mais la porte est fermée « 

- « Pas grave, je passerai dessous » 

Quelques minutes plus tard, il revint rassasié, de nouveau d’un belle couleur jaune citron, camouflant discrètement quelques rots disgracieux.

- « Bon, ça va mieux, mais il faut absolument que je sorte d’ici : j’ai des frères qui m’attendent. Ils m’ont envoyé en ville en éclaireur parce qu’à la campagne il ya de moins en moins  de fleurs, tu comprends. Je dois faire passer le message : il ya des fleurs dans les appartements ! »

Tout à coup, la porte s’ouvrit violemment. Paul était debout, cigarette au coin des lèvres et Iris criait qu’elle avait besoin d’air frais, ce qui surprit Bouboule puisqu’elle avait toujours affirmé que dehors l’air était empoisonné… Un mystère qu’il lui faudrait  absolument résoudre se dit –il.

Mais l’heure n’était vraiment pas à la réflexion ; Paul se jeta sur Iris qui voulait ouvrir la fenêtre, il la fermait, elle l’ouvrait, la cendre de sa cigarette tomba sur la main d’Iris qui hurla. Paul se mit à rire … C’était affreux.

- «Je veux de l’air frais espèce d’abruti !» cria Iris

- « Abruti, moi ? Je vais te montrer qui est un abruti ! »

A  ce moment Bouboule vit Ptit’jaune voler à la hâte vers la fenêtre.

- « Reste avec moi, s’il te plait ! »

- «Je ne peux pas, il faut je prévienne mes frères, mais je vais revenir « 

Il se précipita dehors en un bref battement d’ailes, juste avant que Paul ne referme sauvagement la fenêtre.

Bouboule n’eut pas le temps de s’attrister sur son sort, Iris se déchainait, lançait tous les objets qui lui tombaient sous la main, livres, bibelots, vaisselle… Paul criait, lui disait qu’elle était puérile mais les assiettes volaient toujours et jamais Bouboule n’avait eu aussi peur.

Soudain, on sonna à la porte et Paul en profita pour fuir : 

- « Bonsoir, Madame Herbert, non non, ne vous inquiétez pas, juste une petite fête, oui oui, promis, nous allons faire moins de bruit, excusez –nous. Bonne  nuit, Madame Herbert, et encore toutes nos excuses… »

Paul revint dans le salon, pâle et calme, observa le chaos et dit : 

- « Bon maintenant ça suffit, dehors ! »

Iris ne répondit pas.

- « Dehors, dit Paul, tout de suite ! »

Elle brisa un dernier vase, le gifla à toute volée, se rua hors de la pièce en hurlant :

- « Jamais tu ne me reverras ! »

Paul se ressaisit et ouvrit la porte donnant sur le balcon, empoigna le gros pot blanc de Bouboule qui fut saisi d’horreur : est- ce que Paul voulait le jeter par-dessus bord ?

Iris était sur le trottoir et Paul lui criait de garder tout ce qui lui appartenait : Bouboule était à présent sur la balustrade, à moitié dans le vide. Terrorisé, il  fermait les yeux, les ouvrait et voyait Iris en –bas dans la rue. Elle cria :

- « Non, pas  Bouboule, il n’y est pour rien lui ! »

Pendant trois interminables secondes, Bouboule attendit, résigné, puis Paul le laissa retomber lourdement  sur le balcon, rentra, ferma la porte et baissa le volet roulant.

Il faisait nuit .Un réverbère éclairait faiblement le balcon.

(À suivre)

 

Dominique J.

Atelier d’Ecriture de Henvic

 

 

 

 

La place du Martyr était vide...

*

San Sébastien, Espagne, été 2008.

 

Le commissaire Dinero gara son véhicule de service sur la place qui encadrait la cathédrale. Il se dirigea d'un pas martial, malgré la chaleur de cet après-midi, vers son adjoint qui l'attendait sous le porche.

-''Que ce passe t-il ? '' Grogna-t-il !

-''Venez voir, Chef ! C'est proprement incroyable !''

Ils entrèrent tous les deux dans la fraiche pénombre de la cathédrale et se dirigèrent vers la chapelle dédiée au saint protecteur de la ville. Et là ! Horreur !

La place du martyr était vide !

 

-''Mais comment on-t-il pu faire ça ?'' grommela le commissaire.

En effet la statue disparue devait peser près de deux tonnes. Il jeta un regard sur le sol afin de vérifier des traces de profanation. Rien ! Sur le socle de pierre il ne trouva qu'un morceau de papier, où se détachait le texte suivant :

- « St Sébastien ne reprendra sa place qu'après versement d'une rançon de

3 millions d'euros. »

 

-''Avez-vous interrogé le responsable de la cathédrale ?'' demanda Dinero.

-''Pas encore, Chef !'' répondit son adjoint.

-''Et bien faite-le !''

Aussitôt dit, aussitôt fait.

 

L'évêque se présenta rapidement et après quelques explications la vérité se fit jour.

-''Voyez-vous, depuis quelques années la statue de San Sébastian est en réparation dans nos ateliers et nous l'avons remplacé par une réplique en polystyrène. Je pense que nos voleurs de sont pas très malins. De fait, c'est une bonne chose car cela nous donnera l'occasion de précipiter la restauration et le Martyr retrouvera sa place rapidement !''.

 

-''Et voilà une affaire rondement menée » souffla le commissaire « Et juste avant l'apéro !''

 

CORSAIRE 16/05/2009

            Atelier d’Ecriture de Henvic

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