01 novembre 2009

La Grand’Mère aimait bien les oiseaux

Consigne : Inspirez-vous du fait divers suivant :

« Une petite Britannique de 10 ans a tenté de "vendre" sa grand-mère, "agaçante" mais "câline", sur le site d'enchères en ligne eBay »


 *

Oiseaux de pénitence, petits et malingres, seuls à se laisser piéger et qui, par les temps de disette, ne remplissent pas la marmite !

Oiseaux funestes, aux rauques croassements, perchés, à la cime des grands arbres, inaccessibles. Pourtant, parfois, l’un d’eux était piégé et finissait en soupe avec les légumes du jardin…

Et puis il y avait cet oiseau de mauvais augure, cet oiseau de malheur, qui s’en venait chez la Grand’Mère pour lui rapporter tous les manquements de Nicolas, tant à l’école qu’à l’église, tant à l’épicerie qu’au verger !

L’enfant de huit ans était indiscipliné, gouailleur et chapardeur. Il méritait une sévère sanction.

La Grand’Mère, plutôt dévote, buvait chaque parole du prêtre, approuvant ses sentences en dodelinant de la tête :

-Ma doué ! Comment faire avec ce garnement ?

Le prêtre martelait ses propos éducatifs en tapant deux doigts sur la lourde table de chêne à chaque mot :

- Il-faut-de-la-rigueur, de-la-sévérité : la-verge-et-le-fouet-sont-bonnes-méthodes-d’éducation ! 

La Grand’Mère dodelinait encore plus du bonnet mais son visage exprimait la plus authentique souffrance qui soit.

En effet, comment, en bonne chrétienne, pouvait-elle desservir son curé et, en Grand’Mère aimante, pouvait-elle envisager de fouetter son petit fils ?

Elle le gronda, le menaça :

-Garnement, tu me fais tourner les sangs ! Toujours à courir les chemins creux, voler les cerises ou les pommes, piéger les oiseaux… Ah, que n’ai-je plutôt pris ta sœur en charge ! Elle, au moins, travaille bien à l’école. Monsieur le Curé…

Mais déjà l’enfant s’était fait sourd et ne percevait plus qu’un vague son, brouhaha simplement un peu agaçant.

Quand enfin elle eut fini de le sermonner, quand elle eut servi le dîner qu’ils partagèrent en silence, était venu le temps du repos.

Elle embrassa Nicolas, le câlina, se fit suppliante :

-Mon enfant chéri : fais un petit effort… Promets-moi de faire un effort !

Sa supplique n’eût jamais de réponse.

Nicolas se laissa embrasser et câliner.

Il mit ses bras autour du cou de sa Grand’Mère et l’embrassa bruyamment sur les deux joues :

-Grand’Mère ?

-Oui, mon enfant !

-Est-ce que je pourrai aller à la Foire demain ?

-A la Foire ? Oui, peut-être… Je demanderai à ton oncle de t’emmener.

 

Nicolas avait déjà accompagné son oncle sur la Foire. Il savait que les affaires se traitent souvent au cours des rencontres : les uns vendent, d’autres achètent. Le tout étant qu’ils se puissent rencontrer !

Et l’oncle, lui, se faisait parfois l’intermédiaire.

Arrivé sur la Foire, Nicolas laissa son oncle vaquer à ses affaires, discuter de-ci de-là. Il avait son idée en tête et, se faufilant dans la foule bruyante et colorée, retrouva rapidement l’homme qui, à plusieurs reprises, avait fait « affaire » avec son oncle :

-B’jour M’sieur !

-Ah, c’est toi mon gars…

-Vous êtes venu acheter aujourd’hui, m’sieur ?

-Ca dépend : p’t-être ben qu’oui, p’t-être ben qu’non.

Et, le sourire aux lèvres :

-Et toi, « fieu », t’es venu vendre quelque chose ?

-Oui : je voudrais vendre les oiseaux que je piège !

-Ah, voyez-vous ça ! Les oiseaux que tu pièges…

-Oui. Ma Grand’Mère aime bien les oiseaux.

-Et tu veux les vendre ?

-Oui, m’sieur.

-Mais ta Grand’Mère… Ca va lui manquer !

-Non, m’sieur.

-Comment ça ?

-Ben, Ma Grand’Mère, je la vends avec les oiseaux, en prime… Parce qu’elle m’aime bien, elle est gentille avec moi mais elle m’agace, mais alors, elle m’agace !

SergeD.

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