04 novembre 2009

LA PLACE DES MARTYRS ETAIT VIDE

 

Une phrase, prise au hasard dans un livre ("Même le mal se fait bien" de Michel Folco): "La place des martyrs était vide"...* Composez votre texte sur ce thème.


La Place des Martyrs était vide !

 

*

 

- Voulez-vous, me dit ma jolie guide avec un sourire désarmant, voulez-vous visiter le Mausolée ?

         - Mais certainement : vous le proposez si agréablement !

         - Il nous faudra attendre : voyez-vous ces gens qui font la queue ? Plaçons-nous derrière eux car nous aussi devons faire la queue…

         - Il y a beaucoup de monde…

         - Non, aujourd’hui il y a peu de gens. Parfois la queue s’allonge jusqu’au Musée Historique, là-bas. C’est que les gens viennent de partout, parfois de très, très loin pour faire cette visite ; c’est presqu’un pélerinage !

         La demi-heure d’attente fut un enchantement : nous parlions, nous riions… Elle me parlait de la vie ici, je lui parlais de la vie là-bas, chez moi !

Et ce fut à notre tour de pénétrer dans le tombeau.

 

Il y régnait un calme religieux et malgré juillet triomphant, une fraîcheur de granit également comme si la Mort voulait signifier : « Ici est mon Royaume » !

Chaque visiteur, impressionné, respectueux et craintif, se découvrait, se recueillait silencieusement. Lorsqu’on avait gravi les quelques marches, ce sont ses pieds que l’on apercevait en premier, chaussés de solides brodequins, et, au-dessus, les jambes du pantalon kaki, soigneusement repassé, qui se poursuivaient par les pans de la veste militaire, kaki également, bien propre, bien soignée.

Le corps était allongé, dans la vitrine, les bras reposant de chaque côté. Les mains posées bien à plat, du côté de la paume, tranquilles, étaient presque rassurantes.

Le personnage allongé pour son dernier repos était imposant et, cependant, paraissait dormir, apaisé, apaisant…

 

Et c’est ainsi que, de ma vie, je rencontrai mon premier mort !

Il avait, de son vivant, régné sur la moitié du monde et l’avait fait trembler tout entier…

J’étais, debout, face au cadavre embaumé de Staline !

A côté, une autre vitrine : Lénine, plus anciennement embaumé, plus figé, plus jaune aussi : le second mort de ma vie !

 

Ouf ! Le soleil éclaboussait la « Place Rouge » : c’était bon !

Mon guide, peu à peu retrouvait son sourire lumineux…

- Derrière, au pied du Kremlin, sont enterrés les Héros de la Révolution. Ce sont nos martyrs…

Je restai, silencieux, dans l’expectative : héros, je ne dis pas...

Martyrs ? Certainement pour nombre d’entre eux mais…Staline, Béria ! D’abominables bourreaux, oui !

 

Je le dis à la jeune fille : elle m’écouta sereinement. Nous avons longuement parlé, discuté… Elle ne s’offusqua pas : l’époque n’était plus à la crainte mais à l’espoir, et le nom de Staline n’impressionnait plus personne, ne faisait même plus pleurer les enfants !

Un long, très long chemin restait, reste à parcourir…

 

Nous avons beaucoup parlé, oui !

Beaucoup ri aussi et sommes tombés d’accord sur le fait que, dans ce grand et magnifique pays, martyrisé par de longues, trop longues années de guerre, de dictature, seul le peuple russe était martyr !

Et que celui-ci, autant que du temps des tsars, était le moins honoré : la place des martyrs était vide, vide de ceux-ci !

 

Nous aussi avons bu un chocolat : pas au café Pouchkine qui n’existait pa à Moscou, mais dans le parc Gorki !

Et puis, alors que le jour s’apaisait, nous avons mangé, ensemble, le meilleur borchtch qui soit au monde !

 

Henvic, le 5 juin 2009

SergeD.

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